Miracle à Saint Saturnin (Vaucluse) en 1850

Chapelle de Saint-Saturnin

Y-a-t-il eu un miracle à Saint Saturnin ? Des bruits courent dans cette ville si bien que le Sous-préfet d’Apt s’est saisi de l’affaire.

Plusieurs journaux relatent que le 15 du mois de décembre 1849, une jeune fille catholique et dévote depuis son plus jeune âge, allait souvent prier dans la chapelle dédiée à Saint Saturnin, martyr et ancien archevêque de Toulouse, se trouvant dans le château. Cette chapelle, construite en 1050 et située sur le flanc des monts Vaucluse, était autrefois la principale église de Saint Saturnin.

La jeune fille, du nom de Rosette Tamisiers, s’en est allée avec une de ses amies prier et dit avoir vu, touché et baisé du sang s’écoulant des blessures peintes sur un tableau représentant la descente de la croix. Rosette Tamisiers assurait que ce fait surnaturel s’était reproduit sur trois jours différents. Le lieutenant de gendarmerie adressa au Sous-préfet un rapport détaillé de son enquête et M. Bontemps, maire de la commune, en fit de même :

L’an mil huit cent cinquante, et le seize du mois de décembre, à 9 heures du matin, nous, soussigné François Bontemps, maire de la commune de Saint-Saturnin-les-Apt (Vaucluse) faisons savoir que M. Grand, recteur de la paroisse de Saint-Saturnin, nous a fait inviter par Marie Coureu, sa domestique, à nous rendre à la chapelle de Saint-Saturnin, dite le « Château », afin d’être témoins d’un miracle qui s’y opérait. Nous étant transportés sur-le-champ à ladite chapelle, dans laquelle se trouve sur le maître-autel un tableau de grandes dimensions représentant une descente de croix, restauré depuis environ quatre ans, et recouvert d’une couche de vernis sans altération, nous sommes montés, M. le desservant et moi sur ledit autel et nous nous sommes aperçus qu’il suintait du sang de la plaie du côté et de celles des deux mains et du pied gauche. La population ayant été appelée alors au son des cloches pour être témoin comme nous de ce prodige, nous avons reconnu :

  • 1° qu’il existait sur la plaie gauche du côté huit gouttes de sang en forme de perles de la grosseur d’un petit pois;
  • 2° que de la plaie de la main droite, qui est pendante, suintait du sang et que ce sang, en s’épanchant, avait, en notre présence, formé une ligne de six centimètres de longueur environ, au bout de laquelle se trouvait une gouttelette;
  • 3° que celles de la main gauche et du pied gauche, quoi qu’elles offrissent un suintement de sang moins abondant, cependant l’effusion en était assez considérable pour tracer sur chacun de ces deux points une ligne de trois à quatre centimètres de longueur terminée aussi par une gouttelette. Après que tous les habitants présents au nombre d’environ cinq à six cents, ont eu examiné tous ces faits, afin de s’assurer par eux-mêmes de leur réalité, M. le desservant a invité M. Fortuné Clément, docteur en médecine, à éponger avec un linge blanc plié en deux les quatre plaies du tableau. Cette opération a eu pour résultat de former huit empreintes d’un sang vermeil pour la plaie du côté et trois empreintes pour celles des mains et des pieds, lesquelles empreintes se sont reproduites sur le double du linge.
  • Les plaies avaient été complètement essuyées lorsque nous nous sommes aperçus que les suintements recommençaient, et au bout de quelques instants, il s’est formé de nouvelles gouttelettes à chaque plaie, que nous avons laissées se coaguler sur le tableau.
  • Afin de ne laisser aucun doute sur la réalité du prodige, nous avons de concert, avec M. le desservant, donné l’ordre à Jean-Baptiste Roux et François Durand, maçons, d’enlever la partie supérieure de l’autel, ainsi que le tableau qui est scellé dans le mur, ce qui ayant été exécuté, il a été reconnu par nous et tous les assistants qu’il y a impossibilité absolue que la moindre chose ait pu pénétrer soit dans l’intérieur de l’autel, soit derrière le tableau. De plus, nous avons reconnu, ainsi que tous les assistants, que la partie postérieure de la toile du tableau était enduit d’un mastic parfaitement intact et imperméable sur tous les points.
  • Et de tout ce qui précède a été dressé le présent procès-verbal, qui a été signé par nous et tous les témoins dont les signatures suivent. (Suivent cent cinquante signatures et environ deux cents adhésions)
  • Pour copie conforme,
  • Le maire de Saint-Saturnin,
  • Signé : Bontemps

M. le Sous-préfet se rendit sur les lieux, accompagné par le docteur Clément et M. Gay, avocat. Il alla voir la jeune fille et l’interrogea. Selon Rosette Tamisiers, Dieu a opéré ce miracle afin de convertir les pécheurs car Saint Saturnin a été témoin d’un grand scandale quatre ans auparavant. La conduite de ses habitants ainsi que celle d’un prêtre a été outrageusement calomnié. Cependant, aucun pardon n’a été demandé à Dieu. La jeune fille annonça que le vendredi suivant, le miracle allait se reproduire entre huit et neuf heures du matin.

Le Sous-préfet, escorté de M. Guilibert, juge d’instruction et de M. Jacques, substitut, se rendit le jour indiqué à Saint-Saturnin où se trouvait déjà l’archevêque d’Avignon. Tout ce beau monde se rendit à la chapelle. Des abbés, des curés ainsi qu’une foule immense attendaient dans l’enceinte. Rosette Tamisiers était à genoux devant l’autel. Le Sous-préfet fit renouveler les opérations rapportées dans le procès-verbal et les mêmes phénomènes se reproduisirent. Le curé Grand fit déplacer le tableau; des ouvriers le retournèrent ; aucune trace suspecte ne fut décelée.

Rosette reçut la visite du Sous-préfet et lui annonça que ce miracle se reproduira encore. Il eut lieu le samedi 21 décembre, vers neuf heures du matin, constat fait par le maire et adressé au Sous-préfet.


 La jeune femme fut accusée de fraude et condamnée à six mois de prison, puis relâchée. Elle ne cessa de protester de sa bonne foi. Cette chronique fit grand bruit juste avant les apparitions de Lourdes et souleva les passions mystiques de la France entière. Le fameux tableau est aujourd’hui conservé dans les réserves de la ville.

Source : Les Faits, 31 décembre 1850 et Luberon-apt.fr

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