Amour, fidélité et bigamie

a courtroom with a large wooden bench

Jean Demartin, honorable employé de commerce, était marié en 1912. L’homme adorait sa femme et sa femme aimait son mari. Le couple vivait heureux jusqu’au mois d’août 1914 : Jean était mobilisé et devait partir, comme tous les hommes de son âge, défendre le pays face à l’envahisseur.

A son retour, il retrouve une épouse dépressive et hargneuse. Il ne la reconnaît plus, les affres de la guerre lui ont complètement dérangé le cerveau. Jean, sur les conseils de son médecin, ne put que l’interner. Chaque semaine, pendant sept longues années, il lui rendit visite lui prodiguant toute son affection. Vint un jour où le médecin annonça au mari modèle qu’il n’y avait plus d’espoir de guérison.

« Je ne peux me résoudre à vivre seul », pensa Jean. Il consulta un (mauvais ?) avocat qui lui assura que dans son cas, le divorce lui serait facilement accordé. Ragaillardi, il offrit le mariage une jeune fille qui accepta avec joie. Oui mais voilà…la loi interdit tout divorce en cas de démence de l’un des conjoints. Comme Jean tenait absolument à fonder un nouveau foyer, il se procura l’acte de naissance d’un ami célibataire et remplaça le nom par le sien. Heureux, Jean épousa sa belle !

Par quel moyen la police a-t-elle découvert le subterfuge ? Nul ne sait. Toujours est-il que Jean fut poursuivi pour bigamie. Mais son nouvel avocat plaida de telles circonstances atténuantes qu’il ressortit du tribunal acquitté. Notre homme ne devait pas se réjouir trop vite : il était toujours encore l’époux de la démente. Le second mariage était nul.

Peu de temps après, la folle mourut. Cette fois, pensait-il, je suis libre et je vais pouvoir épouser ma seconde femme ! A la mairie, il présenta l’acte de décès de sa première femme et l’acte de naissance de la demoiselle de celle qui devait devenir sa seconde épouse.

Nouvelle désillusion

 L’employé, méticuleux fonctionnaire, s’aperçut de l’irrégularité de l’état-civil de la dame : celle-ci était déjà mariée ! « Oui, mais le mari c’est moi ! mais je n’avais pas le droit de l’être, ma femme, enfermée dans un asile, vivait encore ! » Le gratte-papier lui fit comprendre que tant que son premier mariage n’était pas annulé, pas question de nouvelles noces. Jean crut devenir fou. Il devait d’abord divorcer de celle qu’il avait épousé (avec de faux papiers) du temps du vivant de sa première femme pour pouvoir se marier avec elle à nouveau.

Jean retourna voir son avocat. L’affaire sera plaidée devant le tribunal. Nous ne connaissons pas malheureusement la fin de cette triste histoire.

Source : Faits divers de la semaine, 5 novembre 1931

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