Des processions interdites

Eglise de Donzy
Eglise de Donzy

Donzy, charmante petite commune située dans le nord du département de la Nièvre, connaît en cette fin du XIXème siècle un fait divers qui oppose le maire de la localité au curé, M. l’abbé Bailly. Bien plus qu’une simple querelle, il s’agit là du non-respect d’un arrêté municipal que transgresse notre chargé d’âmes.

L’objet du litige : une procession !

Un désaccord si profond que le maire poursuit le curé Bailly en justice ! Mais avant de poursuivre, positionnons nous en temps et en lieu à Donzy. En 1898, ce chef-lieu de canton compte 4 000 habitants et possède une superficie de 63,18 km2, ce qui en fait la commune la plus étendue du département. Son église, grandiose, peut s’assimiler à une cathédrale. La rivière Nohain, qui arrose la petite ville, est divisée en plusieurs branches apportant ainsi l’eau aux divers quartiers. La campagne, très vaste, laisse voir des ruines imposantes d’industries autrefois florissantes. Les habitants sont travailleurs, pieux, polis et pensent au bien-être personnel et à celui des autres.

L’ARRÊTÉ EN QUESTION AYANT MIS LE FEU AUX POUDRES

Un arrêté du maire de Donzy, daté du 17 mars 1882, supprime les processions religieuses. Le conseil municipal, dans sa séance, précise :

« Vu les art. 9,10 et 11 de la loi du 18 juillet 1837; Vu le voeu émis à l’unanimité par le conseil municipal dans sa séance du 7 août 1881 : Considérant qu’à la suite de l’hostilité faite par M. le Curé de Donzy à la municipalité de cette commune à l’occasion de la Fête nationale du 14 juillet dernier, l’exercice du culte extérieur peut donner lieu à des manifestations fâcheuses et de nature à troubler la tranquillité publique.»

Avons arrêté : » Les processions sont supprimées sur le territoire de la commune de Donzy. » 

Quelle est donc cette « hostilité » de la part du curé Bailly, dont il est fait mention dans le compte-rendu du conseil municipal ? Ce prêtre n’est cité dans aucune plainte, n’a subi aucune condamnation ni aucune poursuite. La question à cette réponse se trouve peut-être dans la girouette du clocher de l’église.

En 1981, avant la Fête nationale du 14 juillet, le maire souhaitait peindre la girouette aux couleurs de la France sans demander l’avis du curé. Il refusa donc l’entrée du clocher aux ouvriers communaux envoyés par le maire pour effectuer ce travail. Ce dernier, qui devait préalablement en demander l’autorisation écrite au prêtre jugea inutile de le prévenir. Revenant à la charge, le premier magistrat remit une lettre en ce sens au chargé d’âmes deux heures plus tard, mais l’orgueil du maire a été mis à mal et ne pardonna pas le renvoi de ses ouvriers. Mais une autre affaire allait s’jouter à celle en cours : la sonnerie des cloches. Le curé , comme tous les autres curés du diocèse, devait s’en tenir aux instructions reçues, autorisant la sonnerie soit la veille au soir, soit le matin du 14 juillet. Vexé par l’affaire de la girouette, le maire lui répondit qu’il pouvait sonner jour et nuit s’il voulait, que ses sonneurs viendraient, que les portes de l’église et du clocher soient ouvertes ou fermées, mais dans ce dernier cas, qu’elles seraient forcées. Notre bon curé s’est plié devant ces injonctions et depuis le 14 juillet, les cloches sonnent à s’en rompre les tympans des villageois.

En 1893, le nouveau maire, M. Front, signale ces différends au Préfet de la Nièvre et à l’Evêque de Nevers. Aucun ne blâma le curé de Donzy. Mais le conflit persistait et désormais la force risquait de primer le droit. Quelques temps plus tard, pour bien assurer son autorité, il fit peindre sur les murs de l’église ; « PROPRIÉTÉ COMMUNALE » et en-dessous : « LIBERTÉ-ÉGALITÉ-FRATERNITÉ », ce qui ne manqua pas de faire sourire les habitants de Donzy, car chacun sait que l’église appartient à la commune ! Le maire, de plus en plus frustré et arrogant envers ses concitoyens, trouva un nouvel affront à leur opposer. Le maire, de plus en plus frustré et arrogant envers ses concitoyens, trouve un nouvel affront à leur opposer :

LES PROCESSIONS SERONT INTERDITES

Rappelons-nous l’arrêté du 7 août 1981 qui interdit les processions dans les rues. Les parisiens et à leur tête le curé, ne purent que manifester leur réprobation, ce qui ne changea rien à l’affaire. La cérémonie du 15 août et le cortège en l’honneur de la Sainte Vierge se déroula donc dans l’église même, bien trop petite. Pour faire respecter l’arrêté municipal, cinq gendarmes étaient postés aux portes de l’église empêchant ainsi toute velléité de sortie.
Un deuxième arrêté du 17 mars 1882 interdit d’une manière illimitée les processions sur le territoire de la commune de Donzy. Pour justifier sa décision, le maire invoque comme motif l’hostilité faite par le curé à la municipalité à l’occasion de la Fête Nationale. Or, cette hostilité n’a jamais existé. Les paroissiens commençaient néanmoins à résister à ces entraves de la liberté religieuse.

UNE PÉTITION EN 1888

700 électeurs sur 980, soit presque l’unanimité, signent une pétition demandant au nom de la religion le rétablissement des processions. Le nouveau maire, M. Dubois qui a succédé à M. Font, rejeta d’un revers de main cette sollicitation. En 1893, le curé sur les demandes de plus insistantes de ses paroissiens, adresse une nouvelle lettre au maire. Curieusement, ce dernier lui fit savoir qu’aucun regret des actes commis ne lui était parvenu qui aurait pu lui valoir l’indulgence municipale. Mais de quels actes et de quelles fautes parle donc le maire ? On en revient toujours à l’affaire de la girouette et de la sonnerie des cloches…

Cette affaire de la girouette appelle les précisions suivantes: le maire n’avait pas le droit d’envoyer ses ouvriers travailler à l’église sans avoir obtenu préalablement l’autorisation du Conseil de fabrique. Même après avoir reçu la lettre du maire, la réponse ne devait pas être donnée par le curé : s’il est membre du Conseil de fabrique, c’est au Conseil de fabrique et à la totalité de ses membres de se prononcer. Quant aux cloches, leur emploi était essentiellement dirigé vers les appels aux fidèles pour les messes, les secours en cas de danger (incendie, inondation, accident) ou encore pour fêter un évènement comme celui du 14 juillet. Cependant, certains maires aspiraient à posséder la clef qui conduit au clocher. Une loi du 5 avril 1884 contient ce terme : « Le maire ne pourra faire usage de la clé du clocher que dans les circonstances prévues par les lois et règlements qui doivent être concertés entre l’évêque et le préfet« .

QUELLE AUTORITÉ PEUT PERMETTRE OU INTERDIRE LES PROCESSIONS ?

L’évêque lui seul a le droit d’interdire ou d’autoriser une cérémonie religieuse, lui seul a le droit légal de supprimer les processions selon l’article 9 de la loi organique. Le maire de Donzy est donc hors-la-loi et ne devrait donc pas faire voter par son conseil municipal des arrêtés illégaux et arbitraires.

Source : Un curé en prison, les faits, les lois, la raison

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