Espionne ? Manipulatrice ? ou tout simplement mythomane ?

Début 1888, une rumeur circulait dans Paris qu’une certaine dame Limouzin décernait la croix de la Légion d’Honneur à diverses personnes. De hautes relations, selon elle, faisaient partie de son cercle intime et les portes de divers ministères lui étaient grande ouvertes. Informée, la police parisienne procède à son arrestation ainsi qu’un général attaché à l’état-major général. L’enquête amorcée laisse découvrir de multiples visites au ministère de la Guerre de ladite dame et si, de ce fait, elle ne se livrait pas à de l’espionnage au profit des Allemands.
Des investigations plus poussées révèlent de nouvelles intempérances. Certaines personnalités rêvaient de décorations et la dame Limouzin se faisait fort de leur remettre la rosette ou le ruban au revers de leur veston….moyennant espèces sonnantes et trébuchantes. Le général d’Andlau, sénateur de l’Oise et écrivain militaire trouva cette idée géniale. D’autres combinards se sont ajoutés à ce duo et formèrent donc une association que l’on appellerait aujourd’hui de malfaiteurs. D’Andlau prit la fuite et bien qu’infirme, fut rattrapé par la police qui regarda ailleurs et ne le retint pas, s’enfuit. Tous les autres complices furent arrêtés.
De multiples amants et de petits mots tendres
La police mit la main sur les nombreuses correspondances reçues par la gente dame. Le général Thibaudin, ex-ministre de la Guerre et le général Paul Grévy, frère du Président de la République, qui ne sont plus de première jeunesse, batifolaient auprès de la veuve Limouzin et lui contaient fleurette. Daniel Wilson, gendre du Président Jules Grévy et député de Tours, a envoyé également des lettres enflammées à la belle dame. Dès lors, toute cette affaire prenait une tournure grave. Le général Louis Charles Caffarel sans Gaston d’Andlau (en fuite), un dénommé Lorentz, da la femme Limousin et de ses complices se sont retrouvés devant le tribunal de la Seine. Le 3 janvier 1888, un incident se produit : on découvre qu’un commerçant dénommé Legrand s’est vu proposer par Wilson – moyennant finances- la décoration tant convoitée, à savoir la Légion d’Honneur.
Le 16 février s’ouvre le procès contre Wilson. Son beau-père, le Président Grévy, avait auparavant démissionné. A l’issue des débats, Wilson est condamné deux mois de prison et une amende. Le 20 mars 1888, le tribunal correctionnel de la Seine condamne la veuve Limouzin à six mois de prison. La Cour d’Appel confirme ce jugement le 26 avril 1888 et le pourvoi en cassation est rejeté le 28 juillet de la même année.
Source : Faits, 1888
