
Un brave soldat nommé Mathieu Lehervé, chasseur au 15ème Léger stationné à Courbevoie, était de corvée à la cuisine dans la soirée du 1er décembre 1851.
Lorsqu’un ordre parvint au régiment de prendre les armes et de marcher sur Paris, le sergent Halgué vint auprès du soldat afin de savoir si la soupe de la troupe allait être bientôt servie. Afin de hâter le service, le sous-officier adjoignit un camarade à Lehervé. Ce dernier le repoussa et le renvoya à coups de poing et de sabots. Lehervé n’exigeait aucune présence en core moins aucune aide dans ce lieu qu’il considéra comme le sien.
N’arrivant pas à faire entendre raison au cuistot, le sergent qui lui fit comprendre qu’il allait voir l’adjudant de service. Mais Lehervé le poursuivit et lui aussi fut victime de coups de sabot, ainsi que le caporal Debout qui avait auparavant sermonné notre cuisinier. Remonté comme un coq en furie, vexé par les remontrances du sous-officier, Lehervé administra à l’adjudant un vigoureux soufflet
L’affaire prit une tournure très grave, si grave que notre soldat-cuisinier fut convoqué devant le 2ème Conseil de guerre, accusé de voies de faits envers des supérieurs.
Le Conseil, présidé par le lieutenant-colonel Lesire, après avoir entendu le réquisitoire du commandant Piée et la défense présentée par Maître Robert Dumesnil, a condamné le chasseur Lehervé à la peine de mort.
La sentence peut paraître très lourde, mais dans la vie militaire, l’obéissance est une valeur qui fait la force des armées.
Source : La Gazette des Tribunaux, 9 janvier 1852
